Fermer Tout savoir sur la technique de shooting en piqué
Shooting photo en nature morte piqué
le 27 avril 2016

Tout ce qui est simple paraît simple à faire. Observez pendant 15 minutes le travail d’une piqueuse pour apprécier la rapidité et la précision des gestes. Regardez combien cacher une couture, diminuer une ombre ou placer une manche paraît simple.

Dans l’équipe, nous avons tenté l’expérience : armés d’une plaque de polystyrène et de quelques aiguilles, nous avons essayé de “piquer” un vêtement. Très vite ce qui semblait évident au regard devient des problèmes concrets d’alignement, de pli et d’épaisseur.

Le vêtement n’est pas droit, les proportions sont inégales et les ombres carrément moches. On comprend qu’être piqueuse ne s’improvise pas, et que le métier demande beaucoup de pratique pour réussir à embellir le produit. Pour Clémentine, passionnée par son métier de piqueuse depuis 20 ans, il faut surtout « aimer toucher le vêtement ». Elle a accepté de répondre à nos questions pour nous faire découvrir ce métier qui l’anime au quotidien et qui est souvent mal (re)connu.

Comment devient-on piqueuse ?

Il n’existe aucune formation de piqueuse. Le métier se transmet de styliste en styliste. On débute en assistant une styliste, j’ai commencé par dépiquer pour apprendre où placer les aiguilles et faire que le vêtement tienne. Après tu te lances et tu trouves ton propre mouvement. Le savoir-faire s’acquière au fil du temps par la pratique. L’oeil et la main se forment petit à petit.

J’ai une formation de styliste modéliste qui me permet de bien trouver le tombé du vêtement. C’est important de savoir mettre en valeur l’aspect visuel, par exemple savoir comment cacher les dessous de bras, pour que le rendu du vêtement et de sa coupe soient le plus fidèle possible. Au cours de mes 20 ans d’expériences, j’ai travaillé avec beaucoup de marques, par exemple pour les Galeries Lafayette, pour Reebok, Lacoste…

 

Comment décris-tu le métier de piqueuse ?

Pour moi, piquer un vêtement consiste à lui donner une structure, à le mettre en forme avec plus où moins de volume selon la demande du client. Sans oublier bien sûr de toujours prendre en compte l’ADN de la marque, l’esthétique recherché et la coupe du produit.

Aujourd’hui dans le ecommerce, les demandes sont assez pures. Mais certains clients demandent du volume, des seins par exemple pour les vêtements de femmes. Pour créer artificiellement du volume nous utilisons du molleton. D’autres clients souhaitent des mouvements de matière pour mettre en avant la fluidité du vêtement. Parfois on me demande presque de la sculpture avec des choses impossibles à représenter en porté.

Après la séance de shooting, il y a toujours un peu de retouche mais l’un des buts de notre métier c’est qu’il y en ait le moins possible. Dans tous les cas, le retoucheur ne modifie pas la structure du vêtement : il redresse une ligne, enlève les têtes d’épingle mais ne remet pas en forme.

 

De nombreuses marques connaissent très peu le piqué et utilisent la technique du ghost. Peux-tu nous expliquer la différence ?

Le piqué, c’est très différent d’un « ghost » ou « mannequin invisible » qui est un volume sur un mannequin sans tête. En piqué, tu modèles plus le vêtement comme tu le souhaites mais il n’y a jamais autant de volume qu’en ghost. Visuellement je trouve ça beaucoup plus intéressant car ça amène autre chose que le porté (sur mannequin ou ghost).

Au niveau technique, poser sur un mannequin ghost c’est plus simple et ça demande moins de savoir faire. Pour ma part, je préfère le piqué car je trouve un peu effrayant de voir un corps qui est gommé, je trouve ça un peu macabre. Et en piqué ce qu’on met en avant c’est uniquement le produit.

 

Combien piques-tu de produits par jour ?

Ca dépend de la difficulté du produit et du travail à faire mais en moyenne je fais entre 40 et 60 produits par jour. Pour se faire une idée, le volume demande plus de temps qu’un vêtement tout plat ; une chemise c’est long à piquer car il faut lui donner une tenue pour ne pas avoir de plis. En fait, plus tu mets d’épingles, plus c’est long. Un vêtement avec une ceinture met plus de temps que sans car il faut fixer d’abord la ceinture au vêtement avant de fixer le tout sur une planche de polystyrène. Une jupe fluide c’est plus long qu’une jupe trapèze car il faut lui donner une forme.

 

Qu’est ce qui est le plus difficile pour toi ?

Ma seule difficulté vient de la complexité du produit à mettre en forme en fonction de la demande du client qui réduit parfois ma marge de manoeuvre. Les clients savent ce qu’ils veulent en résultat final mais n’ont pas conscience de la difficulté du travail ; et ce n’est pas toujours possible à réaliser. Et puis, parfois il y a des plis qui ne sont pas beaux donc j’ajuste la demande.

 

Quel est le projet le plus intéressant que tu aies fait ?

Il y en a plein mais celui qui me vient tout de suite en tête c’était un projet avec Reebok. Il fallait mettre en scène des vêtements de sport avec des attitudes allant avec le sport pratiqué. Une silhouette de basketteur pour des vêtements de baskets etc… On était presque en 3D et c’était un peu comme si le vêtement était possédé par le sport. Je travaillais avec des fils en nylon et du rembourrage. C’était pour les tout premiers eCommerce dans les années 2000.

Aujourd’hui, la demande a changé. On est beaucoup dans le ecommerce car c’est une bonne vitrine. C’est important de voir le vêtement sur un mannequin mais le piqué permet de le voir plus détaillé, sans trop de triche car on respecte le tombé du vêtement. Un vêtement trapèze ne se retrouvera pas droit par exemple. En tout cas, pour l’instant la demande en piqué est toujours aussi forte !

 

Merci Clémentine pour la présentation de ton métier. Voilà un savoir-faire qui ne pourra pas être remplacé par une machine de sitôt ! J’ajoute que pour les grosses pièces, une veste en cuir par exemple, piquer la matière peut être très compliqué et il vaut mieux faire appel à un vrai professionnel.

Il faut savoir qu’il n’existe pas de filière de formation bien que ce métier soit essentiel au shooting des produits de prêt à porter. Les bonnes piqueuses sont rares et elles peuvent faire la différence sur une photo de nature morte. Si vous en recherchez une, nous serons ravis de vous mettre en relation. Nous vous rappelons que la mise en relation c’est gratuit, alors n’hésitez pas à contacter Grand Shooting.

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